Ces angoisses paralysantes

Route

Il est fréquent que l’épuisement provoque des angoisses. Ces dernières ne font que nous enfoncer plus profondément dans cette fatigue intense. Elles consomment inlassablement toutes nos forces. Elles s’auto-alimentent et nous ne sommes plus à même de faire cesser ce tourbillon infernal qui nous empêche de vivre normalement.

Ces angoisses, je les ai vécues. Elles m’ont empêché de faire des choses pourtant banales pour celui qui va bien. Hors contexte, elles semble totalement aberrantes et pourtant, elles me mettaient dans de tels états, elles créaient un mal être si difficile à gérer …

La crise la plus violente s’est manifestée lorsque j’ai fait un malaise dans la rue, seule avec mes deux enfants. J’ai été paralysée pendant près de quatre jours. Impossible de faire quoi que ce soit. Mon cerveau était décomposé, impossible de me concentrer. Des tremblements, des suffocations non stop. Je ne répondais plus de rien, réfugiée dans mon lit, blottie en boule sous la couette, à attendre que la crise passe.
C’était il y a un an et demi passé.

Elle a été le début d’un inlassable enchaînement. J’ai cru ne jamais pouvoir revenir en arrière.

Je ne sortais plus de chez moi, seule avec les enfants. Rien que d’y penser, les sueurs froides faisaient leur apparition, mes mains tremblaient, les vertiges m’assaillaient. Nous qui allions nous balader deux fois par jour étions passé d’un extrême à l’autre, nous ne sortions plus la semaine. Seul notre petit jardin servait de terrain de jeu pour les enfants. J’avais si peur de refaire un malaise dans la rue. Et si cette fois je n’arrivais pas rentrer ?
J’ai mis 8 mois avant de passer outre cette crainte. Triste de voir la déception de mon grand lorsque je répondais par la négative à ses demandes de prendre l’air, j’ai fini par me lancer et tout s’est bien passé.

Rouler sur la 4 voies, à 110 ou 130 km/h était devenu impensable. Je refusais toute suggestion de sortir qui impliquait de prendre cette route seule plus d’une dizaine de kilomètres. Pourquoi ? Trop épuisée, j’avais peur de m’endormir au volant, de faire un malaise, d’avoir une crise de panique ou d’être prise de vertiges. Quel serait le résultat à cette vitesse ? Il y a même eu une période où me rendre à l’autre bout de la ville me rendait malade.
Pendant 2 ans et demi, je n’ai pas conduit dans ces conditions. Je me contentais des déplacements strictement nécessaires et à proximité. Inutile de préciser à quel point cette peur panique a été handicapante au quotidien.
Motivée par un projet professionnel qui me tient à cœur, j’ai repris le volant pour me rendre à 120 kilomètres de chez moi il y a quelques semaines. Je dois avouer que j’ai hésité. J’avais peur mais je n’étais pas paniquée. Alors, j’y suis allée. J’ai pris plaisir à conduire. J’ai réussi à passer outre ce scénario qui me hantait, une manière de constater les progrès acquis.

Le drive a sauvé notre estomac pendant de longs mois. Si je l’utilisais déjà depuis longtemps pour une question pratique, il était devenu une roue de secours. Être enfermée dans un magasin provoquait des crises d’angoisses impressionnantes. La respiration qui se coupe, les bouffées de chaleurs à en être trempée et une seule envie, prendre mes jambes à mon cou pour me sauver en courant. Où ? Je n’en sais rien mais loin de cette situation qui me faisait me sentir si mal.
J’ai dû réapprendre progressivement. Mes enfants ont encore été un bon pilier. Tous les deux dans le caddie, mon esprit n’était pas focalisé sur mes craintes. Nous allions acheter un morceau de viande, un paquet de couches, juste quelques minutes qui se sont allongées petit à petit. Le temps aidant, j’ai fini par y retourner naturellement, me faisant plaisir grâce au lèche vitrine, comme avant l’épuisement.

En octobre 2013, je devais retourner au bureau. Mais voilà, j’étais décomposée, au plus fort de l’épuisement alors que je ne travaillais pas. Comment aurais-je gérer le fait d’avoir une activité professionnelle dans cet état ? Je ne savais déjà plus me concentrer pour lire alors le faire huit heures par jour, je ne l’imaginais pas … Et ces éventuels déplacements alors que je ne savais plus me rendre plus loin que l’autre côté de ma ville ? Penser à cette reprise me rendait malade. J’étais assaillies de crises d’angoisses qui venaient s’ajouter à toutes les autres déjà bien nombreuses. Je ne gérais plus rien, je n’arrivais plus à me raisonner. La panique prenait le dessus sur la raison.
Une bonne année plus tard, je suis enfin prête à retrouver un rythme normal sans aucune angoisse.

Aujourd’hui, si les angoisses m’ont longtemps isolée, elles se font plus rares. Quand bien même elles me rendent visite, je sais les laisser passer sans surenchérir. Je sais désormais prendre du recul et garder la tête froide. Je me rends compte à quel point ces angoisses qui nous donnent la sensation de devoir gravir l’Everest à tout moment peuvent sembler absurdes hors contexte.

Angoisser de sortir avec ses enfants ? Il y aurait toujours eu une porte à laquelle sonner pour demander de l’aide.
Un coup de fatigue sur la route ? Il y aurait bien eu un endroit où m’arrêter pour recharger les batteries.
Un malaise dans un magasin ? De beaux pompiers seraient venus me chercher !
Une incapacité à travailler ? Le médecin ne m’aurait pas laissé dans une telle situation.

Et pourtant … Pourtant, j’étais si mal ….

6 réflexions au sujet de « Ces angoisses paralysantes »

  1. Alexandra

    Et ben dis donc, c’est terrible ce qui t’est arrivé ! Où en es-tu aujourd’hui ?
    J’ai aussi des angoisses, mais rien de grave comparé à toi. Cela provoque seulement des troubles du sommeil. Je me réveille tôt et endors tard, je fais mon possible pour penser à d’autres choses, à des choses positives, mais ce n’est pas évident car je suis terrorisée à l’idée qu’il arrive quelque chose à mon fils. Bon courage en tout cas !!

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    1. mamlucile

      Aujourd’hui, je n’ai plus de crises d’angoisse. Cependant, il y a une angoisse de fond que je dois traiter. Je n’arrive pas à m’en débarrasser. Mais elle est là depuis 17 ans au moins, je ne l’ai identifiée il n’y a que peu de temps … Alors on ne change pas les choses du jour au lendemain 🙂
      Les angoisses sont plus présentes en période de fatigue et de stress …
      Bon courage à toi aussi !

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  2. cricrinana

    Bon courage pour les angoisses qui te laissent à surmonter. J’en avais beaucoup avant et surtout à l’époque, je redoutais les mercredis, j’avais peur de rentrer à la maison, bref c’est du passé maintenant. Je profite de mon conjoint et de mes enfants le plus possibles. C’est ma priorité.

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  3. Isabulle

    Bonjour Mamlucile,
    Je prends connaissance de ton blog par un lien donné sur fb par l’assoc mamanblues.
    Je me reconnais tellement dans les angoisses que tu as connues, je sais, tu peux me croire, exactement ce que tu as pu ressentir et vivre, c’est terrible ces états que l’on ne peut contrôler que difficilement.
    Je suis la maman d’une grande fille de 21 ans et d’un bébé de 10 mois, c’est à l’occasion de cette dernière naissance que je me suis effondrée, et que j’ai connu une longue période d’anxiété généralisée très invalidante, même si elle ne m’était pas auparavant étrangère car je suis d’un naturel anxieux, mais cette fois cela a pris des proportions inimaginables.
    Aujourd’hui encore, tout comme toi, il suffit d’une fatigue plus importante pour que reviennent ces fichues angoisses. Aujourd’hui je ne m’imagine plus vivre sans anti dépresseur sinon je m’écroule, et vivre sans anxiolytiques qui m’aident à me détendre et à soulager mes angoisses lorsqu’elles sont trop invalidantes.
    C’est toute une vie qu’il faut repenser dorénavant, et j’avoue que j’avance sur la pointe des pieds, prudente mais aussi apeurée que l’enfer revienne.
    En decembre dernier, alors que mon fils avait 6 mois, on m’a découvert une thyroïdite d’Hashimoto, ce qui a expliqué en partie ce bouleversement psychologique car les symptomes ressemblent à ceux d’une dépression! J’ai été soulagé de ne plus avoir cette étiquette collée depuis plusieurs mois de « dépression post partum » et d’avoir un diagnostic plus physiologique, moins psychologique. J’ai quand même accumulé tout un tas de choses qui ont contribué à me faire flancher.
    Samedi prochain a lieu à Paris l’AG de mamablues, tu y seras? Moi j’y serai, et c’est avec plaisir que j’y aurais fait ta connaissance.
    A bientôt.
    Isabulle

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    1. MamLucile Auteur de l’article

      Bonsoir Isabulle,

      Effectivement, nos histoires se ressemblent.
      Pour les anti-dépresseurs, on arrive à s’en défaire petit à petit. Il faut avancer pas à pas comme tu le dis.
      Avoir conscience de sa fragilité est déjà une bonne chose 🙂 Tu y arriveras !

      Je ne serai pas à l’assemblée générale. Je ne peux me rendre sur Paris en ce moment. Mais ce n’est que partie remise, peut être une autre fois …

      A bientôt

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      1. Isabulle

        Dommage pour samedi, une autre fois oui 😉

        Je ne cherche pas à arrêter les AD! Je n’ai que le souhait de vivre le plus sereinement possible, je n’ai pas d’autre envie dans la vie, ne plus avoir d’angoisses ni d’anxiété invalidante serait amplement suffisant à mon bonheur. Lors de période d’accalmie, comme je savoure .. 😉

        Si je peux vivre mieux avec les médicaments, je ne compte pas m’en priver, et tant pis pour les effets secondaires (perte de mémoire etc..). Si un jour j’en arrive à vouloir me sevrer c’est que déjà j’irai bien mieux et depuis un certain temps, et ce n’est pas pour demain..

        Tu ne prends rien toi?

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