Comprendre le fonctionnement de l’épuisement parental pour en sortir

Qui de mieux placée qu’une psychanalyste expérimentée pour répondre à vos questions sur l’épuisement maternel ?

Liliane Holstein, auteur du livre « burn out parental », a accepté de nous éclairer sur les mécanismes de l’épuisement parental et sur les éléments indispensables pour s’en sortir.

J’espère que cette interview saura vous aider à avancer en direction du mieux être et de la guérison. Je lui suis extrêmement reconnaissante d’avoir accepté mon invitation.

Psychanalyse

Bonjour Liliane,

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis psychanalyste depuis plus de 25 ans et je traite les difficultés psychologiques des enfants, des bébés, des adultes et des couples. Auteur du livre « LE SYNDROME DE LA MOUCHE CONTRE LA VITRE » et du livre « LE BURN OUT PARENTAL ».

Pourquoi avoir choisi le thème de l’épuisement parental pour votre second livre ?

Parce qu’il n’arrive pas un jour, où je ne vois pas plusieurs parents effondrés, venir déposer leur souffrance et leur sentiment d’impuissance face aux comportements de leurs enfants. Ils arrivent épuisés, déprimés, découragés. Ce phénomène touche trop de parents, il méritait qu’on lui consacre une étude et une analyse des causes. Bien entendu le but était d’aider et de redonner de l’espoir au plus grand nombre de parents, et non pas seulement à ceux qui viennent consulter.

Comment expliquer que de plus en plus de parents souffrent de ce mal ?

La vie professionnelle est de plus en plus fatigante et stressante. Tout nous pousse à aller de plus en plus vite, parler vite, zapper d’une chose à l’autre… Le système nerveux des humains essaie de s’adapter, mais ses limites ne sont pas extensibles à l’infini.

Tout nous pousse à aller de plus en plus vite, parler vite, zapper d’une chose à l’autre …

Par ailleurs, les parents n’ont plus le relais de leur famille pour les seconder. Les grands parents sont souvent éloignés ou sont également très occupés.

Nous avons tous besoin de calme et de relations de qualités avec les êtres que nous aimons. Lorsque tout s’emballe, quand la pression est présente constamment, sur tous les paramètres, les liens dans le couple se distendent, ce qui aggrave la situation, puisqu’il n’y a plus de solidarité dans le couple parental.

Les enfants sont également épuisés et en même temps surinvestis par des parents qui attendent énormément d’eux. Les journées leur semblent très très longues loin de chez eux, loin de leurs parents. Ils le manifestent à leur manière, par des caprices, des revendications constantes, de la désobéissance. Les parents déjà fragilisés, ont de plus en plus de mal à se faire confiance en tant que parents. Les enfants le sentent. Ça les paniquent (impression de flou, donc angoisse d’insécurité), aussi, ils redoublent de revendications. C’est un cercle vicieux.

Vous avez accepté de répondre aux questions les plus courantes des lectrices. Les voici …

Quelle est la chose la plus importante à faire lorsque nous sentons que nous glissons inlassablement vers l’épuisement parental ?

Oser en parler autour de vous, oser demander de l’aide. Aller très vite consulter votre médecin et un thérapeute (psychologue, psychanalyste, psychothérapeute) pour comprendre pourquoi la faille s’est installée et trouver des solutions.

Accepter de se reposer, de ralentir le rythme pour soi et pour les enfants, de se concentrer sur des choses simples.

Se rapprocher de son conjoint quand la situation le permet. Au départ, il y avait un couple. La fatigue et les routines usent et dépriment les couples. Leur tristesse et leur découragement les éloignent chaque jour un peu plus. Plus que jamais, il faut se sentir solidaires, se rapprocher avec beaucoup de tendresse, faire front ensemble.

Lorsque le burn-out est avéré, conseillez-vous de se mettre au repos quelque temps ou au contraire, est-il mieux de continuer à travailler pour ne pas s’isoler ?

Le repos est plus que nécessaire. En créant une rupture dans ce rythme fou, le parent affecté, peut lâcher prise, dormir pendant que les enfants sont à la crèche ou à l’école.

Le repos est plus que nécessaire

Il est même parfois profitable, de partir quelques jours seul(e) (quand c’est possible), au bord de la mer ou à la campagne pour respirer et s’appartenir, avoir le temps de réfléchir sur le sens que l’on veut donner à sa vie. Ce temps de pause peut permettre à chacun des membres de la famille, de s’interroger, de se rendre compte qu’il se passe quelque chose d’important qui va devoir déboucher sur un autre système de vie ou de comportements.

Comment ne pas craquer lorsque nous n’en pouvons plus des cris de bébé ou caprices de nos enfants ? Comment réussir à se calmer ?

Il n’y a pas d’autre choix que de se faire aider, de demander à son conjoint, à un membre de la famille de s’occuper momentanément des enfants, afin de pouvoir sortir de la maison. Le huis clos avec un enfant qui pleure sans cesse n’arrange rien. L’enfant, même tout petit bébé, sent que la maman est tiraillée inconsciemment pour des raisons qui parfois la dépassent. Il est tellement connecté à sa mère qu’il ressent tout de son malaise. Elle peut lui parler doucement en le rassurant, en lui expliquant, qu’elle ne se sent pas très bien en ce moment, mais que cela va s’arranger. En disant cela, elle reprend déjà un peu confiance en elle et son enfant va le sentir.

Il faut pouvoir faire de vraies nuits

Donc si on vit en couple, le conjoint prend le relais la nuit et il faut vraiment lui faire confiance, donc lâcher prise. Peu importe s’il ne donne pas le biberon comme vous, s’il ne change pas l’enfant selon vos habitudes. Lâchez ! Et faites lui confiance.

Et si nous craquons nerveusement, comment ne pas culpabiliser ?

En acceptant le fait, que cela peut arriver à tout le monde. Qu’on a le droit de ne pas être au top en permanence. La position de parents est celle qui nous challenge le plus dans la vie. Elle pousse les adultes à aller puiser dans leurs réserves les plus inattendues, les plus secrètes, parfois les plus douloureuses. C’est un parcours initiatique permanent !

La position de parents est celle qui nous challenge le plus dans la vie

Certaines mères perdent du poids dangereusement. Elles se retrouvent enfermées dans un cercle vicieux. Trop épuisées, elles n’ont pas faim, se sentent parfois nauséeuses. Ainsi, elles mangent très peu mais l’épuisement ne fait que s’amplifier. 

Comment briser cette spirale ?

A ce stade, il est plus que nécessaire d’aller consulter, déjà son médecin, puis un thérapeute.

Cet amaigrissement et ce manque d’appétit, risquent d’intensifier les symptômes de fatigue chronique et de dépression.

De nombreuses lectrices me parlent de cette envie incessante de dormir quelque soit le moment de la journée. Que leur conseillez-vous pour y faire face ?

Cette envie de dormir est normale et fréquente, pour deux raisons :

Tout d’abord parce que lorsque l’on vit en état de fatigue chronique, il est normal de ressentir le besoin de dormir tout au long de la journée (les nuits sont parfois tellement entrecoupées, le peu de sommeil est de mauvaise qualité). Mais aussi, parce que le sommeil est un moyen de s’échapper de la réalité qui semble trop lourde pour ces mères ou pour ces pères.

Ne pas hésiter à demander de l’aide à son conjoint, à ses amis ou à sa famille, pour qu’ils prennent en charge les enfants, un jour ou deux par semaine, afin de pouvoir faire de vraies nuits et de vraies siestes réparatrices dans la journée.

Parlez aux enfants

Parlez également aux enfants, sérieusement, en leur disant que vous avez besoin de dormir la nuit, et que ce n’est pas vous qui vous lèverez la nuit s’ils appellent. Il arrive pour des raisons complexes et inconscientes que les enfants se réveillent beaucoup la nuit pour vérifier si tout va bien, y compris dans la chambre des parents, (c’est le cas lorsqu’il existe des tensions dans le couple). Les enfants sont inquiets et le manifestent pas des cauchemars, des réveils dans la nuit, le besoin de faire venir leur mère près d’eux (et du même coup, de la séparer du père), etc… Pour sortir de ce cercle vicieux, il faut les rassurer, tout en leur disant que vous ne vous lèverez pas, mais que ce sera le père ou le second parent qui s’en occupera.

Une dernière question.

Lors de la phase d’épuisement, certaines lectrices ont souffert d’angoisses, spasmophilie, acouphènes, migraines et autres. Aujourd’hui, alors qu’elles vont mieux, en période de stress ou de fatigue, ces symptômes reviennent au galop telles des cicatrices qui se ravivent,  ce qui est particulièrement handicapant.

Pourquoi ce phénomène ? Comment s’en débarrasser ?

Ces symptômes ont sonné comme autant de signaux d’alarme, pour inciter la mère ou les parents à changer de fonctionnement. Leur système nerveux a bien enregistré ces signaux. Au moindre dérapage, au moindre fonctionnement limite en terme de dépassement de résistance, leur organisme ressort cet armada de symptômes pour très vite les forcer à réagir avant de risquer de glisser à nouveau dans des fonctionnements pathologiques.

Si vous voulez ajouter quelque chose, c’est le moment …

Il n’existe aucun enfant qui arrive au monde avec le désir de saboter la vie de ses parents. Leurs besoins fondamentaux sont : l’amour, la tendresse, le calme, la sérénité, la cohérence de leurs parents, la protection, la douceur, avoir du temps de qualité avec des parents qui leur donnent de l’espoir pour l’avenir et l’envie d’y croire. Ils ont besoin de voir leurs adultes s’aimer, se parler avec tendresse, respect, avec complicité.

Il n’existe aucun enfant qui arrive au monde avec le désir de saboter la vie de ses parents

Lorsqu’ils sentent la moindre faille, le moindre dysfonctionnement, ils réagissent avec force, à leurs manières : par des symptômes somatiques, ou comportementaux, des problèmes alimentaires, de sommeil, de nervosité, de provocation etc…

Pour enrayer le système, reprenez confiance en vos compétences de parents. Les enfants ont besoin de vous sentir solides, vous êtes leurs piliers. Ne soyez jamais impressionnés par eux, n’ayez pas peur d’eux. Ce sont vos petits. Ils ont besoin de votre amour et de votre solidité à les protéger, même de leurs propres débordements.

Merci de nous avoir consacré un peu de votre temps. De nombreuses mères vous seront reconnaissantes d’avoir apporté des réponses à leurs questions.

2 réflexions au sujet de « Comprendre le fonctionnement de l’épuisement parental pour en sortir »

  1. Valérie

    Bonjour
    Je vous fais part d’un probleme de taille auquelle je suis confronté depuis 3 mois.
    Mon fils a aujourd’hui 3 mois et demi je l’ai allaité au début , et il avait un beau sommeil , et une bonne entente entre nous deux.
    Par contre , depuis j’utilisais les biberons , et mon conjoint et moi avons remarqué que mon fils pleurait énormément dans mes bras , mais que dans les siens , aucune larme , aucun signe de faim , pour ainsi dire avec mon chum . il est tres calme et souriant .On ne sait jamais quand il a faim ou non , car il me démontre beaucoup de signes de mimiques que je ne comprend jamais , bref ca me fait paniquer. Je me sens tres incompétente dans mon role de mere , et mon fils dort rarement dans mes bras .
    J,essaie de lui faire une routine de biberon , essaiyer de récupérer sa confiance … Car j’sais plus du tout détecter ses signes. Et je lisais beaucoup au sujet de l’attachement du nourrison envers la maman. Je crois que mon fils n’est pas attaché a moi et en fait qu’il ne le sera jamais. J’ai peur de lui ‘imposer’ un rymthe’ et qu’il se laissera pas faire . Car avec moi , il devient tres en colere et pleure sans arret.
    Pourtant , il me sourit souvent mais passe vite du sourire aux larmes. Je sais qu’il est fatigué et ca me prend énormement de temps a le réconforter. Je me met a capoter toujours car j’sais pas s’il mange suffisament , si tous ces signes ne signifient pas ‘laisse moi tranquille avec papa , car toi té nulle’….
    Les seuls moments ou je peux l’approcher c’est quand son pere est dans la meme piece…
    Ques ce que j’dois faire ??….

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