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Je flirte avec la crise

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La parentalité peut être source de craintes. Elle est aussi un chamboulement dans un mode de vie qui pouvait sembler bien installé. Ce témoignage montre à quel point ce que nous ressentons en tant que parents peut être inattendu et déstabilisant, parfois difficile à accepter. Merci à cette lectrice pour ses confidences.

Je commence tout juste à comprendre que je suis au bord de l’épuisement maternel. Je suis toujours à fleur de peau, irritable. Je suis stressée H19 (pas H24 car ô privilège je dors d’une traite la nuit …). Je dis « au bord » parce que j’ai constaté le problème et que je cherche à m’éloigner de cette zone dangereuse. Je flirte avec la crise.

Mon souci : la culpabilité et l’exigence.

Je sais que je devrais dormir plus. Mais je n’y arrive pas parce que je n’ai pas envie. Le soir quand bébé est couché, j’ai envie de prendre du temps pour moi. Et je le prends si je peux. Résultat, tous les soirs je ne lâche ma liseuse que quand mes yeux se ferment. Comme une drogue. Ça ne suffit jamais. Je ne suis pas raisonnable.

Objectivement, je n’ai pas tant à faire et j’ai de la chance. Mon mari fait beaucoup (la vaisselle c’est lui, le bain de bébé c’est lui, les poubelles c’est lui, on partage la cuisine et les courses, pour le reste il m’aide si je demande). Nous n’avons qu’un fils et pendant des mois il a plutôt été une crème (maintenant qu’il marche et qu’il veut faire plus de choses c’est plus difficile mais il continue à faire la plupart de ses nuits). Et pourtant ça ne va pas. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi ça m’angoisse/me stresse tellement, pourquoi je suis submergée.

Aussi, je culpabilise de ne pas faire ce qu’il y a à faire. Je me suis même aperçue que quand je me dis qu’il faut que je me contente du minimum pour le ménage, intérieurement, je juge ce minimum insuffisant … Du coup même si j’atteins ce minimum je ne suis pas satisfaite …

Une page difficile à tourner

Mon autre souci, c’est que je ne sais pas comment mettre les échecs derrière moi : mon allaitement raté (d’autres diront en partie réussi. Même si j’ai fait tout ce que j’ai pu, je ressens de la colère : « ce n’est pas juste »), l’utilisation de couches jetables (je ne suis pas la maman écolo que je voulais. Ça peut sembler idiot mais régulièrement je me dis « c’est raté »). Je me rends compte que je suis pleine de ressentiments. Comment on fait pour tourner la page ?

Aussi, j’ai peur. J’ai peur de l’avenir. J’ai peur de ne pas être à la hauteur. Comment allons-nous faire lorsque notre fils grandira  alors que nous élevons déjà la voix (Il n’a qu’un an) ? Et si je suis trop fatiguée ? J’ai peur.

Paralysée par la peur

J’ai peur du présent aussi. Quand je sais que je vais devoir passer la journée avec mon fils, je balise. C’est horrible de dire ça mais c’est vrai. Je flippe parce que je voudrais tellement que mon fils soit heureux toute la journée mais que ça ne se passe jamais comme ça (c’est peut-être ça le « un bébé ça pleure » de la sagesse populaire ? ). Et puis disons la vérité : passer du temps avec bébé c’est fatigant parce que nous n’avons pas cinq minutes de relâchement. Du coup, même quand ça va, je suis sur les nerfs toute la journée. Heureusement que je travaille et qu’il est gardé sinon je ne pourrais pas, je deviendrais folle. C’est ce qu’il a failli se passer pendant mon congé maternité. Je stressais tellement que le soir quand mon mari revenait je pleurais, que je n’arrivais pas à dormir s’il n’était pas là, …

Et puis, je suis agacée, frustrée de ne plus « rien » pouvoir faire tranquillement. J’aime faire les choses tranquillement. ça me rend folle de me presser pour tout ou de faire les choses à moitié ou de les faire dans un état de fatigue qui me rend partiellement indifférente. Il me faut du temps. Plus de temps. Et dire qu’avant je croyais m’ennuyer …

Ça fait du bien de parler, de verbaliser. Merci pour ce blog d’utilité publique !

8 réflexions au sujet de « Je flirte avec la crise »

  1. Marlène - une maman dans la ville

    Oh lala j’ai l’impression de me lire! Le plus dure pour nous les mamans, c’est cette culpabilité, on voudrait toujours être au top mais nous ne sommes que des êtres humains et puis il y a la fatigue, cette fatigue qui souvent fait ressortir le mauvais de nous. Non seulement on se met nous même la pression mais il y a aussi l’entourage qui aide pas même s’ils se croit bienveillant, ça enfonce…C’est fou, pour l’allaitement et les couches je pense exactement la même chose! Courage, tu es une maman en or et les questions que tu te poses sont normales ^^

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    1. Caroline S.

      Merci de réagir, ça fait du bien de se sentir comprise.
      Oui, la fatigue joue terriblement. Je voudrais être au top mais je suis plutôt à la ramasse. C’est pourquoi j’aime terriblement l’image de haut de page qui illustre ce blog. Vous connaissez les pleurs du soir ? Eh bien perso je peux comprendre sans difficultés les bébés qui pleurent le soir !!

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  2. Jujube

    Bonjour, et bravo d’avoir eu le courage de témoigner!
    Je me reconnais dans votre récit:
    – l’allaitement idéalisé et finalement trop douloureux pour pouvoir supporter de le poursuivre au-delà de la 1ère semaine après la naissance,
    – les couches lavables…pas pour moi! malgré mes convictions sur l’écologie, l’économie de l’eau, la réduction des déchets, etc…
    – la peur de rester seule avec ma fille
    – mon niveau d’exigence toujours trop haut + mon conjoint qui trouve qu’après une journée sans lui à la maison c’est toujours pas assez rangé / propre alors que « je n’ai eu que ça à faire de la journée »!
    – la frustration de ne plus pouvoir faire les choses à son rythme, d’avoir trop peu de temps pour soi…moi aussi je me couche trop tard même si je me dis que je me ferais plus de bien en allant me coucher tôt plutôt qu’en surfant sur Internet…
    Tout ça, j’ai connu et je connais encore! pour moi, la situation a tourné en dépression post-partum, environ 1 mois après la naissance de ma fille. J’ai eu un traitement antidépresseur + suivi psy… Aujourd’hui, ma fille va avoir 22 mois et ça va beaucoup mieux! c’est un gros travail à faire sur soi, sur son couple. Essayer de ne pas culpabiliser, être « efficace », c’est-à-dire aller à l’essentiel et laisser des choses qui ne pourront pas être faites (tout de suite…!). Le fait que l’enfant grandisse nous conduit aussi vers une plus grande liberté. Effectivement, il y a des étapes clé (l’acquisition de la marche notamment) qui demandent encore + de présence! Tant que l’enfant peut rester dans son parc ou sur un transat, on peut aller étendre une lessive par exemple, une fois qu’il marche…on l’emmène avec soi ou on attend qu’il veuille bien dormir!
    Pour les journées seule avec ma fille (c’est surtout quand j’étais en dépression et que je pensais ne pas pouvoir y arriver!), j’essaie de ne pas me mettre de pression et de profiter! tant pis si je suis encore en pyjama à midi et que je mange à 15h pendant qu’elle fait la sieste! j’essaie de lui accorder du temps, de partager des moments, de jouer, regarder des livres, lui montrer les choses dans la nature…après, c’est à chacun de trouver son truc!
    Bon courage à vous! vous n’êtes pas la seule et ça ne durera pas comme ça indéfiniment!!
    (et désolée pour le pavé!)

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    1. Caroline S.

      Merci, encore une fois ça fait du bien de se sentir comprise. J’ai de la chance concernant mon mari qui a une attitude vraiment positive. ça va de mieux en mieux – avec des hauts et des bas -, principalement parce que mon fils grandit (j’aurai aimé dire que c’est parce que j’ai changé mais non : j’ai vraiment du mal à accepter de ne pas être super-maman). Là il a bientôt 15 mois et il peut faire un peu plus de choses et donc nous arrivons à faire plus de choses ensemble, ce qui me convient mieux. Merci pour les encouragements.

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  3. lise

    pffffff quel soulagement de ne pas se sentir seule…je me reconnais tellement dans ce que vous dites!
    allaitement avorté à un mois, jamais eu le courage de passer aux CL…l’impression de ne pas pouvoir consacrer autant de temps que voulu à bb2 (un an demain) parce que bb1 a aussi besoin de moi, que quand je rentre du travail (culpabilité de me dire que c’est ma.bulle d’oxygène) ben on donne douche, bain (metci zhom de m’aider sur ce point) préparer à manger, les affaires pour le lendemain, faire manger tout le monde (sr battre avec bb1) coucher les puces….se dire qu’il faudrait faire pareil mais bosser ma classe pour le lendemain ou regarder une série débile histoire de me.vider la tête….me donner l’impression d’avoir eu qqes instants pour moi…
    me coucher, me relever au besoin des bb, et quand bb2 se réveille(6/6h30 du lundi au dimanche) avoir chaud, le coeur qui s’emballe, une boule au ventre….une crise d’angoisse…culpabiliser dene pas pouvoir sr lever et être super maman sourire…appréhender la journée…courir…recommencer…

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    1. Caroline S.

      Il faut vraiment arriver à se déculpabiliser et à se dire qu’on donne ce qu’on peut. Je trouve perso que l’organisation aide beaucoup (et pas juste pour en faire plus !) : savoir par exemple que je réserve à bb tel créneau horaire m’aide à déculpabiliser de ne pas être pleinement dispo tout le temps.

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  4. Loulou

    Wouha, je découvre ce blog et quel soulagement! Je ne suis pas seule!
    C’est tellement dur! Je n’aurais jamais imaginé qu’être mère pouvait être aussi dur! Mes enfants révèlent des aspects de ma personnalité les meilleures comme les pires…! Je ne pensais pas pouvoir avoir des sentiments si forts un jour! C’est tellement déstabilisant de se retrouver démunie face a ses petits!
    Moi aussi je culpabilise… La maison n’est pas assez rangée, est ce que je passe assez de temps avec eux? Est de qu’ils sont heureux? Est ce qu’ils seront heureux? Je crie trop… 9 mois que je suis a la maison, 2 enfants de 3 ans et 9 mois et pas de temps pour moi, respirer, penser a autre chose, me défouler, respirer, m’épanouir, respirer!!!! J’étouffe!!!
    Voilà une bouteille a la mer… Ça fait du bien d’écrire! Je devrais peut être le faire plus souvent, sur papier!
    Bon courage a toutes, merci de vous livrer!

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    1. Caroline S.

      Moi, non plus je n’avais pas imaginé que ce serait si difficile. Cela fait tellement bien de s’exprimer et de se rendre compte que nous sommes plusieurs à être pour le moins déstabilisées.
      En plus, ce blog et la page Facebook qui va avec regorgent de pistes pour alléger la charge et la pression. Mais rien que partager déjà, c’est un souffle d’air.

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