« Il attend que je sois plus forte »

Couple-forceElle a eu 3 enfants en 4 ans. Elle a voulu tout assumer seule parce que c’est ce que font « les autres ». Elle a sombré. Seule, elle ne comprenait pas les raisons de cette chute vertigineuse. Petit à petit, elle remonte. Petit à petit, elle devient la mère qu’elle aurait aimé être …

Bonjour, peux tu te présenter aux lectrices du blog, s’il te plait ? 

J’ai 27 ans. Je suis maman de trois garçons. Mon premier, d’un premier mariage, vient d’avoir 5 ans. Après avoir divorcé de son père quand il était encore tout petit, je me suis à nouveau mariée. Lui n’avait pas d’enfants. Nous avons alors eu notre premier bébé (mon deuxième) qui aura 2 ans en octobre et peu de temps après, notre petit dernier. Il est âgé de 9 mois aujourd’hui.

Je suis maman au foyer, j’essaie d’étudier la phytothérapie par correspondance et mon mari travaille en intérim de temps en temps. Il est aussi vice président d’une association à but humanitaire le reste du temps.

Comment s’est passée l’arrivée de ton premier enfant ? 

Assez bien, je me sentais prête à l’époque. Cependant, j’ai été très marquée physiquement par l’accouchement. Je me rappelle être restée fatiguée pendant de longs mois.

Il m’a fallu plus d’un an pour me remettre physiquement de mon premier accouchement.

Psychologiquement, ça allait si ce n’est que mon couple battait de l’aile.

De quelle manière a évolué la situation lorsque ton second garçon est né ? 

Au début, j’assurais sans difficultés. Je me rappelle que cet accouchement fut beaucoup plus facile que le premier. Je trouvais beaucoup plus de force physique. J’arrivais à tout faire chez moi et je me sentais bien, si bien que nous n’avons pas hésité à avoir un autre enfant tout de suite. Je suis tombée enceinte quand mon bébé avait 5 mois.

Quelles ont été les manifestations du burn-out ? 

Lors de ma seconde grossesse, j’ai eu quelque difficultés émotionnelles et physiques. Lors de ma troisième grossesse, j’ai recommençé à me sentir fatiguée émotionnellement, sauf que là j’avais les deux grands, pas si grand que ça, à gérer et ça devenait particulièrement difficile physiquement. De plus, nous nous étions installés dans une nouvelle ville et le manque de sociabilité commençait à se faire sentir. Je ne sortais plus. A la fin de ma grossesse, je devais rester alitée. Ce n’était vraiment pas évident de gérer les enfants en étant allongée le plus possible.

Je m’en voulais de ne pas être en forme pour mes « grands » et surtout le deuxième qui était encore un bébé.

J’ai accouché à la maison, par choix. Les premiers jours ont été très durs. Heureusement, une amie a gardé les enfants les deux premiers jours et mon mari s’est occupé de nous tous. Cette fois-ci, j’ai eu énormément de mal à me remettre de l’accouchement alors qu’il était magnifique. Les jours d’après furent rudes. Mon mari aussi était fatigué et avait hâte que je me remette d’aplomb, je ressentais alors encore plus de culpabilité.

J’ai voulu faire trop bien.

Je voulais faire l’école à la maison n’ayant pas trouvé une école qui me satisfasse pour mon grand. Je me décevais de ne pas réussir à être constante dans son éducation.

Je suis devenue très nerveuse. Dans un premier temps, avec mon mari et ensuite, avec mes enfants. Je pleurais facilement, criais fort et « pétais » un plomb pour rien. Il m’est arrivé de devenir violente.Je ne me reconnaissais plus, je commençais à déprimer, tout se mélangeait dans ma tête.

Comment a réagit ton entourage ? 

Ils n’étaient pas au courant, nous gardions cela pour nous. Par honte et par pudeur. Nous reprochions, un peu à tort, que personne ne nous aidait. En même temps ils ne pouvaient pas deviner … Puis, quand j’ai commencé à exprimer mon mal être, ce fut pris à la légère par ma belle famille. Ma belle sœur qui a deux enfants en bas âge et qui sait le travaille que cela représente a, quant à elle, pris la mesure de la situation. Ma famille, de son côté, est loin et ne peut pas m’aider. Ils m’ont encouragé à mettre le deuxième à la crèche , le premier au centre de loisir ou reprendre l’école. A déléguer, passer le relai. Puis mes amies, nouvelles ou anciennes, m’encourageaient. Elles me disaient souvent, « je ne sais pas comment tu fais avec trois enfants en bas âge comme ça! ». Ça me remontait le moral.

Je n’osais pas leur demander de m’aider concrètement.

Globalement j’ai été comprise par certaines personnes et frustrée par la réaction d’autres. J’essaie de ne pas faire attention aux frustrations.

Et ton conjoint, comprenait-il la situation ?

Au début, il ne comprenait pas. Heureusement nous avons un ami qui est plus âgé, qui a plus d’expérience et qui lui a fait prendre conscience que je ne pourrais pas continuer longtemps comme ça, qu’il devait m’aider plus. Il a eu une première prise de conscience. Comment aurais-je pu lui faire comprendre ce que je vivais alors que je ne savais pas moi-même ce qu’il m’arrivait ?

Il dit qu’il comprend mais dans ses réactions, je vois bien qu’il attend que je sois plus forte.

Je pense que tous les hommes sont un peu comme ça. Nous voir faiblir les angoisse.

Je pensais que je pouvais assurer seule, mais non. Nous avons pris conscience, tous les deux, qu’il devait m’aider et que je devais faire garder les enfants (garderie, nounou, centre de loisir) plus souvent aussi. Il oubliait parfois ses bonnes résolutions. Mes pleurs, mes déprimes, nos disputes lui rappelaient que j’avais besoin de lui, et il revenait à la raison. Aujourd’hui, je pense qu’il comprend enfin beaucoup mieux ce que je vis. Ça m’aurait surement aidé qu’il le comprenne plus tôt.

Quels sont les impacts du burn-out sur votre couple ? 

Il était peiné de me voir déprimer, et puis, ça l’angoissait également, je pense. Nous avons eu de grosses disputes au début. Ce fut compliqué. Aujourd’hui, ça va beaucoup mieux. Il a essayé de faire ce qu’il pouvait et il continue mais par moments, il attend que je sois plus forte que ça.

Il pense que c’est plus mental que physique, que si je me motive ça ira.

Je lui explique que je n’y peux rien. La volonté n’a rien à voir là dedans. J’irai mieux lorsque je n’aurai plus les enfants non stop avec moi.

Je suis quand même très reconnaissante de ce qu’il a fait quand j’étais au plus bas. Il a pris les enfants une semaine chez ses parents (il le referait s’il le pouvait), il s’est occupé de moi quand je venais d’accoucher… Cette épreuve a tout de même rendu notre couple plus fort.

Nous essayons de mettre les enfants chez la nounou même si nous n’avons pas les moyens de le faire très souvent. Nous essayons de nous organiser pour trouver de nouveaux repères afin que nous puisions tous nous épanouir et passer du temps à deux. Ce n’est pas toujours facile, nous avons encore à progresser de côté.

Et l’impact sur tes enfants ?

Et bien mes enfants sont nerveux car je le suis moi même. Mon grand s’ennuie car je ne m’occupe pas de lui comme il le voudrait.

J’aimerais jouer avec eux, leur proposer des activités, mais je n’ai pas la force pour le moment.

J’ai de nouvelles amies qui ont aussi des enfants. Ils s’amusent entre eux, nous les faisons sortir et nous en profitons tous. Cela me fait beaucoup de bien. Je sens qu’ils sont en manque d’affection parfois, parce que  j’étais trop nerveuse et stressé pour être affectueuse. Alors, je fais attention à leur faire plus de câlins et de bisous, je leur dit que je les aime et depuis que je fais ces efforts (c’est malheureux de dire que ce sont des efforts, mais bon:/), tout va mieux. Je les sens plus sereins. Moi aussi je le suis. Finalement les bisous et les câlins me redonnent de l’énergie.

Quand et comment as-tu pris conscience ton état ?

J’en ai pris conscience quand j’étais enceinte de mon troisième sans savoir y mettre des mots.  Mes réactions devenaient violentes, je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait, mais je me suis dit qu’il y avait quelque chose qui clochait. Ensuite, j’ai mis encore un peu de temps à comprendre que j’étais surmenée. Je pensais être la seule responsable de ce que je vivais. Toutes les mère s’en sortaient, il  n’y avait pas de raisons que je n’y arrive pas.

En réalité, j’étais simplement faible. Je voulais tout bien faire. Je pensais en être capable puisque les autres le font.

J’ai fini par me rendre à l’évidence, j’avais mis la barre trop haute, j’avais besoin d’aide, besoin de souffler.

Tu as eu la force d’avoir un troisième enfant. Ce que tu vivais ne n’a pas ôté cette envie comme c’est le cas pour beaucoup de femmes ? 

Non parce que, à l’époque, je me sentais encore bien. J’avais des hauts et des bas pendant ma seconde grossesse mais après l’accouchement, je me sentais en forme. Je vais certainement vous étonner … J’aimerais avoir une famille nombreuse et je souhaite avoir d’autres enfants ! Cependant, j’attendrai vraiment avant d’être à nouveau enceinte. Je ne recommande pas d’avoir deux enfants à un an d’intervalle ! C’est vraiment difficile. Aussi, j’attends d’être sortie de cette période. Puis, je serai mieux préparée en termes d’organisation, modes de garde, …

Pour l’instant, agrandir la famille n’est pas à l’ordre du jour, mais j’espère bien que ce le sera un jour, quand j’irai mieux. Il n’est pas question d’avoir d’autres enfants si je ne vais pas mieux et ça me fait fait peur de ne pas pouvoir être à nouveau maman si je n’y arrive pas.

Si mon état me fait peur, il ne m’ôte pas l’envie d’avoir d’autres enfants.

J’ai moi même 5 frères et sœurs, et j’aimerais cette vie de famille nombreuse pour mes enfants.

Où en es tu aujourd’hui ? 

Aujourd’hui, je vais un peu mieux car mon mari m’a comprise et c’est essentiel. Je commence à avoir une vie sociale et des projets avec des amies. Cependant, je suis encore assez stressée et sous pression avec les enfants. Je suis encore facilement nerveuse, Je fais beaucoup plus de câlins à mes enfants. Le fait de voir des amies plus souvent me fait du bien, même si j’ai mes enfants avec moi.

Je me sens sur la voie de la guérison, je suis positive en ce moment mais je me sens encore sur le fil.

Je dois poursuivre mes efforts. Je ne culpabilise plus de ne pas y arriver et je me dis qu’en faisant ce qu’il faut je vais finir par m’en sortir. Le but est encore loin d’être atteint.

De quoi aurais tu besoin pour te sentir mieux ? 

J’ai besoin que mes enfants soient plus souvent chez la nounou, au centre de loisir etc…

J’ai aussi  envie et besoin d’avoir des activités en dehors de mes quatre murs. Je voudrais monter des ateliers de cosmétiques fait maison, et j’ai rencontré des femmes qui sont dans la même dynamique que moi sur tout ce qui est bio et ce qui touche à l’écriture.

Il faudrait, tout simplement, que je m’épanouisse, que je souffle, que les enfants s’épanouissent également de leur côté de sorte que quand nous nous retrouvons, nous passions de vrais moments de partage.

Je vais aussi prendre ma santé en main, ce qui m’aidera surement.

Un dernier mot ?

Merci à toi de m’avoir permis de m’exprimer, j’espère avoir des retours et trouver un peu de soutien. Je souhaite à toutes les mamans d’y arriver!

Merci à toi pour ta confiance et tes confidences …

Une réflexion au sujet de « « Il attend que je sois plus forte » »

  1. Cnacha

    ah, le couple dans tout ça…
    Il faut croire que certains hommes ont vraiment du mal à prendre le relai et nous donner un appui Émotionnel. ils veulent nous faire raisonner alors que cela n’a rien à voir avec le mental. Nous voulons très fort mais ne sommes plus en mesure de fournir à qui que ce soit. alors pourvu que la belle famille ne s’en mêle pas à coups de phrases assassines! La famille devrait toujours être la pour épauler et aider à grandir, et malheureusement, parfois, chacun en profite pour régler ses comptes…
    Mais où est donc passée la sagesse de l’expérience en lieu et place de matraquage?
    XXI ème siècle, si tu nous entends….

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