Interview de Ludivine créatrice de « Mam’an Forme »

Aujourd’hui, je vous propose l’interview de Ludivine, créatrice de Mam’an Forme. Une maman pleine d’énergie, hyperactive, sportive qui connait bien le sujet de l’épuisement maternel. Elle a d’ailleurs choisi de s’investir professionnellement pour aider ces mères à prendre soin d’elles tout en connaissant bien les difficultés rencontrées. Je ne vous en dis pas plus, je vous laisse la découvrir au travers de cette interview déculpabilisante, enrichissante et pleine d’espoir …

Mam'an Forme

Mam’an Forme

Bonjour Ludivine,

Peux tu te présenter aux lectrices du blog qui ne te connaissent pas encore ?

Ludivine, j’ai 33 ans et je suis la maman de 3 enfants: des jumeaux de 6 ans 1/2 et une petite fille de 4 ans 1/2. J’ai travaillé pendant plusieurs années dans un laboratoire de recherche, et aujourd’hui j’ai créé mon entreprise. Je travaille depuis chez moi. Je précise que j’habite à la campagne, dans un cadre de vie plutôt chouette dont on essaie de profiter au maximum.

Comment as tu géré le fait d’être maman de 3 enfants si rapprochés ?

Comme j’ai pu!!! Plus sérieusement, je crois qu’il n’y a pas de recette miracle, et que chacun fait selon son environnement, son histoire, etc. Personnellement, ce ne sont pas les 3 enfants rapprochés qui ont été difficiles, mais « juste » les jumeaux. Gérer deux bébés d’un coup, surtout quand ils sont très-très-très demandeurs, c’est une véritable épreuve. Et encore je pèse mes mots, même si ça peut choquer certains… Mais ça a été vraiment difficile. Reprendre le travail a été salvateur pour moi. Ils avaient 6 mois, et j’ai juste eu l’impression de revivre. Ne plus les entendre pleurer quasiment en permanence, avoir des moments pour moi, même si c’était pour travailler, c’était presque le rêve! Et nous étions beaucoup plus zen pour les retrouver le soir… (un immense merci à leur Nounou qui a pris le relais!!!).

A l’inverse, notre n°3 a été un bébé super facile, et elle a canalisé l’attention et l’énergie de ses frères… C’est assez hallucinant à dire, mais c’est son arrivée qui nous a vraiment soulagés et qui nous a permis de reprendre pied, de retrouver une vie « normale »! Donc finalement, 3 enfants rapprochés, c’est facile 😉 Par contre, des jumeaux, c’est une autre histoire…

Qu’est ce qui a été le plus difficile ?

Physiquement, le manque de sommeil. Les garçons ont eu de gros problèmes de sommeil (liés à une histoire un peu compliquée), et quand on dit que le manque de sommeil est une torture, c’est vrai.

Ensuite le regard des gens. Même si on dit que ce n’est pas important, et que globalement je m’en fiche, les réactions des gens ont souvent été difficiles à supporter. Il y a eu ceux qui trouvaient qu’on en faisait trop ou qui ne nous croyaient pas (tout simplement parce que ça leur semblait impossible qu’on tienne encore debout avec si peu de sommeil, et que les garçons étaient adorables quand ils avaient du monde autour d’eux).

Il y a eu ceux qui avaient des solutions toutes faites… On en connaît tous, mais quand on ne dort pas depuis plusieurs mois, on accepte mal leurs « conseils ».

Et puis au début de ma seconde grossesse, de la désapprobation à peine cachée, que ce soit de la part de nos proches ou dans le regard des inconnus qu’on croisait. Si c’était si difficile avec nos 2 garçons, comment pouvions-nous penser à avoir un 3ème enfant? Question à laquelle personne d’autre que nous n’avait à répondre!!!

Si je te dis « épuisement maternel », qu’est ce que ces termes évoquent pour toi ?

Pour moi, je dirais épuisement parental plus qu’épuisement maternel. Dans les moments les plus difficiles (les premiers mois), mon conjoint était autant au bout du rouleau que moi. C’est sans doute lié au fait qu’on soit parents de jumeaux, et aussi qu’il s’investisse autant que moi avec les enfants pendant plusieurs semaines, puisqu’il a enchaîné tous ses congés à la suite de son congé de paternité. On s’est épaulé dans notre épuisement, et c’est ce qui nous a aidés à tenir le coup, je crois.

Pourvoir confier nos enfants a été la clé pour sortir de la spirale de l’épuisement. Tout d’abord à la halte-garderie, quelques heures, puis à la Nounou à la reprise du travail. Je n’ai passé que quelques semaines seules à la maison avec les enfants, après que leur papa ait repris le travail alors que j’étais encore en congé maternité, et ça a été les pires moments… J’étais prisonnière de ma maison et de mes enfants, je ne pouvais rien faire! Je crois que ce sentiment d’être prisonnière, bien des mamans le connaissent à un moment ou un autre, mais qu’il est difficile à identifier/accepter. Il faut absolument continuer à en parler pour que ce soit connu et reconnu.

Quelle est ta philosophie de vie ?

Profiter de la vie et être heureuse, savourer chaque petit bonheur du quotidien. Et quand on traverse des moments moins roses, je me dis que le meilleur reste à venir, qu’il y aura toujours quelque chose après qui vaudra la peine d’être vécue.

J’essaie aussi d’apprendre à mes enfants à être heureux et à profiter de ce qui les entoure. J’adore quand ils s’arrêtent pour regarder le ciel et me disent que c’est ma-gni-fi-que (oui, j’ai aussi une troupe de théâtre à la maison!).

Sportive et maman, tu as allié ces deux caractéristiques dans un projet qui s’appelle « Mam’an Forme », en quoi consiste-t-il ?

Beaucoup de mamans cherchent à reprendre le sport et/ou à faire un régime pour se rapprocher de leur corps d’avant-grossesse, leur corps de « femme » plutôt que de « maman ». Sauf que quand on doit gérer le quotidien d’une famille, ça devient vite très compliqué! Et ça ne fait que renforcer notre sentiment de ne pas réussir à tout concilier, de ne pas réussir à être celle qu’on voudrait…

Mam’an Forme propose donc d’aider les mamans à retrouver la forme et la ligne, en faisant d’une séance de gym un moment de plaisir partagé en famille. Concrètement, j’établis pour chaque maman un programme personnalisé composé d’activité de fitness à réaliser sous forme de jeux avec ses enfants. On se remuscle, on joue avec ses enfants, on rigole, bref, on prend du plaisir en famille. Et pour compléter le programme, j’associe chaque semaine un conseil nutritionnel adapté à toute la famille, pour avancer petit à petit vers une alimentation plus saine pour tous.

Comment t’es venue cette idée ?

Mes 2 grossesses rapprochées n’ayant pas été très bien accueillies dans mon ancien job, mon contrat n’a pas été renouvelé. Je me suis donc retrouvée pour quelques mois en congé parental quand ma fille a eu 2 ans 1/2. J’ai eu du temps pour surfer sur le Net, notamment sur les blogs de mamans. Et une question récurrente m’a interpellée: « comment réussir à reprendre le sport -durablement- quand on a des enfants? ». C’est une question que je me posais moi-même, car ça relève de l’impossible de concilier 1 job, 3 enfants, et une activité sportive régulière (je sais qu’il y a des wondermamans qui y arrivent, mais ce n’est pas la norme, arrêtons de nous mettre la pression!).

Je voyais donc des mamans tenter des reprises d’une activité physique, et arrêter au bout de quelques semaines, déprimer, etc. Et je me suis dit que plutôt que de voir les enfants comme une contrainte dans la pratique d’un sport, il fallait les voir comme un atout! S’appuyer sur eux, sur leur entrain, leur envie de jouer et de bouger pour bouger nous aussi en tant que maman. Restait à définir précisément les activités, le fonctionnement global. Ca m’a pris environ 1 an à plein temps avant de finaliser le lancement de Mam’an Forme.

Quel est le rôle du blog lié à ton site Internet ?

Le blog me permet de parler plus librement de choses qui me touchent. C’est un prolongement de moi, où je parle bien sûr de sport et de nutrition, parce que c’est une vraie passion pour moi, mais également de ma vie de famille, de mon organisation, des choses que j’apprécie …

C’est aussi un moyen de déculpabiliser les mamans dans leur rapport au corps, dans leur perception du sport, de l’alimentation idéale, et du « il faut que », « je devrais faire… ». Sur le blog, on parle sport et nutrition en ayant les pieds sur terre, parce qu’on est aussi maman et qu’on fait comme on peut au quotidien!

Et enfin, c’est une source de motivation personnelle dans ma pratique sportive. J’ai commencé à tester chaque mois différents programmes ou pratiques sportives, qui ont en commun d’être rapides (pas plus de quelques minutes chaque jour). Je fais chaque semaine un compte-rendu du déroulement du programme, de son efficacité, je donne mon avis, et à la fin du mois, je fais le bilan! Je n’irais souvent pas jusqu’au bout si je n’avais pas les comptes-rendus pour le blog à faire 😉

Toi qui a travaillé pendant plusieurs années sur des projets de recherche qui portaient sur les bienfaits de l’activité et de la nutrition dans différentes pathologies, peux-tu nous expliquer pourquoi il est important de faire de l’exercice régulièrement, même si ce n’est que quelques minutes par jour ?

De manière générale, notre vie est de plus en plus sédentaire, et sans vouloir être alarmiste, cela conduit au développement de pathologies typiques du 21ème siècle. On considère presque comme normale aujourd’hui d’avoir de l’hypertension ou du diabète quand on vieillit. On en est rendu à un point où on ne regarde plus l’espérance de vie (car oui, on vit vieux), mais l’espérance de vie en bonne santé. Or, quelques minutes d’activité physique chaque jour sont suffisantes pour contrer la plupart de ces pathologies. On nous dit qu’il faut faire 45 minutes de sport 3 fois/semaine, mais c’est un objectif difficilement atteignable pour la majorité d’entre nous. Et comme on sait qu’on n’y arrivera pas, on préfère ne rien faire. Alors que non, faire un tout petit peu, c’est déjà très important, et surtout il faut essayer de prendre des habitudes de vie où on bouge.

Quel(s) conseil(s) pourrais-tu donner aux mères épuisées ?

C’est toujours délicat de donner des conseils. Quand on est épuisée, je crois qu’on a besoin d’être écoutée, soutenue, de savoir qu’on n’est pas la seule à qui ça arrive.

Depuis que je suis maman, je dis systématiquement une chose à mes amies qui vont être maman pour la 1ère fois « Ce ne sera pas forcément si rose qu’on veut te le faire croire. Il y aura des moments difficiles, peut-être même des moments où tu ne voudras plus entendre ton bébé, où tu penseras des trucs inimaginables. Ça peut arriver, ça m’est arrivé. Dans ces moments là, appelle-moi, je serai là. »

Si tu as quelque chose à ajouter, c’est le moment 😉

Merci à toi de m’avoir invitée et merci à Wonderful Breizh d’avoir permis cette jolie rencontre 🙂

J’aurais aimé que ton blog existe quand j’étais dans l’épuisement, je suis sûre que c’est une bouée de sauvetage pour beaucoup de mamans qui vivent des moments difficiles, alors bravo d’avoir osé en parler et de continuer à le faire!

Et moi, j’aurais aimé avoir une amie comme toi qui me dise « dans ces moments là, appelle-moi » …
Merci Ludivine pour cette interview à cœur ouvert.

NB : Cette interview n’est aucunement sponsorisé. Elle a été réalisée uniquement parce que j’ai pensé que Ludivine avait beaucoup à apporter aux mères en détresse.

3 réflexions au sujet de « Interview de Ludivine créatrice de « Mam’an Forme » »

  1. Crevette d'ODouce

    Comme votre collaboration le temps de cet interview est intéressante. Bravo.
    Je vous apprécie toutes les deux et vous lire sur ce sujet apporte quelque part un soutien, une déculpabilisation et un bien être à toutes ces mamans que nous sommes, que nous avons été ou que nous serons. L’épuisement peut arriver n’importe quand à n’importe qui.
    Des bises.

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  2. winnie

    Et voilà pile poil ce que je souhaitais entendre, je me suis inscrite dans une salle de fitness non pas pour participer à tous ces cours collectifs qui vous niquent les lombaires les cervicales et entendre un misogyne vous dire « allez feignasse !!! c est pas comme ça que tu auras un beau cul » et oui !!! bon je sais que c’est pour nous booster mais quand même il y a des limites car du coup tu sors de son cours et tu marches comme un crabe pendant 4 jours et n’envisage même pas d’y retourner. Bon tout ça pour dire que je me suis inscrite dans cette salle pour pédaler ou marcher même si c ‘est que 45min 2 à 3 fois par semaines ba je me dis que c’est toujours mieux que ruminer chez moi ou de me taper le ménage que j’avais déjà fait hier ………… voilà ouf ça fait du bien de se lacher un peu !!!!

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