J’ai peur …

Oeil-pleure

Samedi 14 novembre 2015, 7h, j’entends de petits pas entrer dans la chambre « maman, je suis réveillé ». Je peste intérieurement parce qu’il est trop tôt, beaucoup trop tôt. Pourtant, la veille au soir, épuisée, je me suis couchée à 21h15, au fond de mon lit, un bon livre à la main, bien loin de me douter de l’horreur qui se déroulait dans la capitale.

Mon mari s’occupe des enfants. Ce matin, c’est son tour. Je n’arrive pas à me rendormir, je pense à toutes ces choses que j’ai à faire ce week-end. Une to-do-list plus longue que mon bras dont je ne pourrai rayer le quart du tiers de ce que j’y ai écrit. Je le sais, le lendemain soir, je serai frustrée, encore. Alors me voilà déjà à planifier à la minute les deux jours à venir.

Hyperconnectée, droguée à coups d’Internet, je décide de jeter un œil sur la toile avant de me lever.
Attentats, bombes, morts, kamikazes, terroristes, des mots qui m’explosent au visage, qui me laissent abasourdie, tétanisée, effrayée, triste, meurtrie. Une seule chose sort de ma bouche « les enfoirés ». Je me sens désorientée, je ne peux me lever. Je n’ai plus de force dans les jambes, ma tête tourne, je suis choquée. Je passe près de deux heures à m’informer sur le Web, à m’assurer que les uns et les autres sont en sécurité, à comprendre ce qu’il s’est réellement passé, à lire en boucle les mêmes informations. Deux heures pour reprendre mes esprits, réaliser.

A la fin du mois, je dois me rendre dans ce quartier. Là où tous ces gens étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Je ne suis pas certaine d’en avoir la force. Annuler serait capituler face au terrorisme, les laisser gagner. Annuler, ce serait aussi me préserver psychologiquement parce que j’ai peur de ne pas être suffisamment forte. Non, pas tout de suite, pas déjà. Aujourd’hui, je ne sais pas si j’irai à Paris, dans ce XIe arrondissement. Pourtant, nous devons continuer à vivre, comme si ce 13 novembre 2015 avait été tout autre.

Notre vie sera définitivement différente. Deux fois, en moins d’un an, où je dois expliquer à mon fils de cinq ans que des méchants ont tué des gens, beaucoup. Cette fois, il a eu peur que ses grands parents soient morts. Cette fois, il m’a demandé s’il était en sécurité dans sa propre maison. Cette fois encore, il m’a demandé de ne plus parler de ces sujets. Je ne peux malheureusement pas le lui promettre …

Ce 13 novembre 2015, ce 7 janvier 2015, nous envoient dans une autre dimension, dans la lignée du 11 septembre 2001. Cette fois, ils sont chez nous, à notre porte. Cette fois, le mot « guerre » a été prononcé. Cette fois, les troupes françaises ripostent. Alors, nous tous pourrions, à notre tour, nous trouver au mauvais endroit au mauvais moment et écrire un point final à notre vie.

Nous avons la chance d’être vivants alors profitons de ces petits plaisirs quotidiens qui, s’ils n’effacent pas les difficultés de la vie, la rendront certainement un peu plus douce …
Nous sommes en vie et eux sont partis …
Pour eux, soyons heureux.
Pour eux, trouvons la force d’aller mieux !

2 réflexions au sujet de « J’ai peur … »

  1. Julie

    petite erreur sur le mois dans l’article il est écrit 13 septembre au lieu de 13 novembre.

    pour le reste, je suis dans ce même état, en espérant un avenir meilleur pour nos enfants en leur inculquant le respect, l’humanité, la générosité, l’amour de son prochain quelque soit ces opinions, ses origines, nous appartenons tous à la même humanité, qu’importe ou nous sommes sur cette terre.

    Je suis bouleversée, nous le sommes tous je pense.

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