Marlène Schiappa nous parle épuisement

Marlène Schiappa, co-auteur du livre récemment publié « J’arrete de m’epuiser », a accepté de répondre à mes questions sur l’épuisement maternel. Une interview enrichissante d’une femme qui se bat pour les femmes et qui a elle même connu le burnout il n’y a pas si longtemps …

Bonjour Marlène,

Avant de commencer, merci d’avoir accepté mon invitation d’échanger avec nous sur le sujet de l’épuisement maternel.

Pour les lectrices qui ne te connaîtraient pas encore, peux-tu nous dire qui tu es?

Marlène Schiappa, 32 ans, 2 enfants, toutes mes dents, fondatrice de « Maman travaille », adjointe au Maire du Mans, écrivain et entrepreneuse…

Si je te dis « épuisement maternel », qu’est ce que ces termes t’inspirent ? 

Un gros tabou.

Comment expliquer que de plus en plus de mères soient atteintes par ce phénomène ? 

Je ne sais pas si c’est croissant, mais je sais que les pressions que subissent les mères sont de plus en plus fortes. Les articles culpabilisants sur l’allaitement ou le non allaitement, l’obligation d’être performante, parfaite…

Quand on doit concilier vie professionnelle et vie familiale, on s’épuise aussi rapidement à courir, à vouloir tout faire « bien », être partout à la fois.

Être mère au foyer peut aussi être épuisant, j’ai rencontré en formation des mères qui se sentent obligées de tout faire pour justifier le fait qu’elles soient au foyer. Le manque de reconnaissance achève de les épuiser littéralement…

Il y a un an, tu as toi-même été touchée par le burnout. Racontes-nous. 

En fait, me concernant, c’était surtout un épuisement physique. Mon corps a tout simplement lâché. Je venais de traverser une période émotionnellement difficile, avec un de mes enfants très malade. Pourtant, je n’ai pas pris le temps d’encaisser avant de continuer. J’ai organisé un événement, je travaillais à plein temps, m’occupais de mes deux enfants, j’avais beaucoup de pression.

L’épuisement, c’est avant tout la maladie du « soin », ce moment où l’on oublie ses propres besoins au profit d’autres envies ou besoins. Le burnout survient quand on a trop tiré sur la corde et qu’il n’y a plus de corde.

Tu n’as pas senti l’épuisement s’installer. Un jour, ton corps a lâché, sans prévenir. Penses tu que tu étais dans le déni ? Avec le recul, penses-tu qu’il y a eu des signes annonciateurs ? 

Oui complètement. J’aurais pu m’écouter plus. Nous nous sommes basés là-dessus avec Cédric Bruguière pour établir le programme de 21 jours.

Écouter ses besoins, savoir reconnaître les signes anonciteurs que notre corps nous envoie pour nous dire: « attention, alerte, l’épuisement arrive », c’est le premier pas vers la prévention du burnout.

Reconnaître les phases annonciatrices du burnout c’est déjà en avoir les clés. Par exemple, avant le burnout, il y a le burnin : ce moment où la personne se consume et épuise ses batteries littéralement.

D’ailleurs nous avons proposé une batterie à colorier dans le livre, pour suivre et mesurer ses progrès.

Ton état d’esprit est-il différent depuis cet épisode ? 

Totalement. Mon état d’esprit et ma manière d’aborder les choses. Je ne suis plus dans la recherche de la perfection mais dans la recherche du bien faire, bien être… J’applique ce programme de 21 jours régulièrement.

Je ne bois plus de Coca (prendre de la caféine ou des boissons énergisantes est un gros défaut des gens en épuisement…) et beaucoup plus d’eau; je fais attention à ce que je mange; je m’impose un rythme de sommeil équilibré… Mais surtout, j’utilise les outils proposés sur la relation que l’on tisse avec les autres, la manière d’appréhender le travail, la vie familiale…

Tu sembles avoir retrouvé la forme relativement rapidement. Comment t’y es tu prise pour remonter la pente ? 

Oui, j’ai été hospitalisée 9 jours pour une inflammation due à l’épuisement. Souvent d’ailleurs, on mentionne les conséquences mais pas la cause. Dans « J’arrete de m’epuiser » par exemple, l’actrice Julia Palombe raconte sa fracture d’épuisement : un os a fondu !

Pour ma part, j’ai été très bien soignée physiquement, avec hydratation en perfusions notamment. Le père de mes filles a totalement tout géré quand j’étais à l’hôpital et après; et l’équipe de mon association Maman travaille a pris le relais avec beaucoup d’efficacité sur les projets en cours.

J’ai aussi changé de région. Ça a été l’occasion de faire un bilan de tout ce que je voulais changer dans ma vie; de hiérarchiser les choses par ordre d’importance.

Quand on frôle le choc septique, on voit les choses différemment après.

As-tu mis en place des mesures de prévention pour éviter de vivre à nouveau cette situation ? 

Oui, à commencer par l’hydratation. J’écoute beaucoup plus mon corps, en suivant les schémas du programme J’arrête de m’épuiser.

Je ne travaille plus après 21 heures. Je consacre des moments « non productifs »…

J’adopte la « sérendipité », l’art de laisser les choses venir à soi et de trouver ce qu’on ne cherche pas.

Pourquoi avoir choisi d’écrire un livre sur le thème de l’épuisement ? Est ce une manière d’exorciser ce que tu as vécu ? 

Non pas vraiment, plutôt une manière de partager avec les autres.

Dans mes ateliers, conférences ou formations, j’ai rencontré beaucoup de femmes en souffrance qui ne mettaient pas de mots et du coup, encore moins de solutions sur ce qu’elles vivaient.

Avant ou pendant la consultation d’un médecin, le livre « J’arrete de m’epuiser » est pour moi un outil du quotidien.

Tu as deux enfants, es une femme politique, écrivain, chroniqueuse, entrepreneuse, conférencière, très engagée dans le réseau « Maman travaille » que tu as fondé. La conciliation vie professionnelle, vie personnelle, tu connais.

Quels sont tes « petits secrets » au quotidien pour que tout se passe au mieux ? 

D’abord, je ne travaille pas à la mine… j’exerce des activités qui sont avant tout des passions, et plutôt valorisantes, on s’y sent utile. C’est donc différent des périodes ou je travaillais comme salariée de grands groupes.

Je suis conduite par une passion avant tout et une envie d’être utile aux autres.

Après, au quotidien, j’applique l’adage de Virginia Woolf :

« Toute femme qui veut mener une vie active doit d’abord tuer la fée du logis en elle. »

Je prends beaucoup de recul par rapport aux images de perfection que nous envoient les médias ou les pubs.

Et puis j’ai un entourage très bienveillant, un mari impliqué qui s’occupe des enfants et des copains prêts à dépanner au besoin. Ca facilite énormément les choses, avec en plus une baby-sitter deux soirs par semaine.

Je n’ai pas de femme de ménage ni de belle mère à proximité en revanche 😉

Mais globalement; j’applique le truc CQFAR issu de mon livre Les 200 astuces de Maman travaille, astuce de Ségolène: Celui qui fait a raison. Ca évite beaucoup de se prendre la tête inutilement.

Finalement, être épanouie dans les multiples facettes de sa vie de de femme n’est-il pas le meilleur moyen d’éviter l’épuisement parental ? 

Oui je le crois. Dans les avions, on se met à soi même le masque à oxygène avant de le mettre aux enfants. c’est pareil dans la vie.

Quelle est ta philosophie de vie ? 

Je ne sais pas si j’ai une philosophie de vie… Peut-être la sérendipité, que l’on détaille dans J’arrête de m’épuiser. Se laisser un peu guider…

Qu’as tu envie de dire aux mères en détresse ? 

Elles ne sont pas seules, et se poser des questions, c’est le meilleur moyen de trouver des réponses !

Et aussi, d’avoir confiance en elles et en leurs intuitions. Dans J’arrête de m’épuiser, une maman raconte qu’elle s’est couchée 3 jours d’affilée. Pour elle, c’était une question de survie…

Merci Marlène !

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