Quand le sort s’acharne #2

Voici la seconde partie du témoignage de notre lectrice qui a eu envie de se confier, de témoigner, de vous raconter son histoire de mère, de femme pour qu’elle puisse, peut-être, servir à d’autres.

Avion

Je me suis retrouvée seule avec mes enfants pendant trois mois. A l’époque j’avais tout juste 25 ans, un travail et 2 enfants âgés d’à peine 3 ans 1⁄2 et 7 mois. Déjà que le quotidien était lourd, ce fût encore pire ensuite …

J’ai été beaucoup soutenue par ma famille et par la nourrice de mes enfants. Malgré tout, j’ai ressenti un épuisement physique et moral important. Ma fille ne comprenait pas cette nouvelle situation. Entre les cris de ses parents, les pleurs et l’état de sa maman, le départ de son papa, elle était déboussolée. Elle me disait qu’elle ne m’aimait pas, qu’elle n’aimait que son père. C’était extrêmement dur d’entendre cela de la bouche de ma fille si petite qu’elle était. Elle ne m’écoutait plus beaucoup, me faisait des crises pour tout et rien.

Leur père venait chez moi une journée toutes les deux semaines pour voir ses enfants. Je ne voulais pas qu’il les emmène dans l’état où il se trouvait. Je me souviens aussi qu’il a fait manger un petit pot à son fils pour la première fois alors qu’il avait plus de 8 mois ! Et oui, maman s’occupe toujours de tout !

Je subissais les colères de ma fille, mais aussi de leur père car il était odieux avec moi et renversait toujours les situations : j’étais toujours fautive à ses yeux ! Lorsqu’il appelait, c’était pour me crier dessus, limite m’insulter, etc… Difficile de tenir bon mais je me le devais. Je n’avais pas le droit d’abandonner mes enfants. Ils n’avaient que moi pour les guider, je n’avais pas le droit de sombrer.

Leur père a consulté un médecin. Il a été diagnostiqué bipolaire. Cela expliquait beaucoup de choses qui n’étaient pas pour autant excusables (La maladie a toujours bon dos). Nous nous sommes remis ensembles. Le travail de réintégration dans ma famille a été long et compliqué par rapport à ce qu’il nous avait fait subir. Malheureusement, il n’avait pas changé pour autant : l’année et suivant son retour et les deux ans qui ont suivi ont été un enfer. Je devais encore tout assumer pendant que lui profitait de se détendre, de partir en week-end avec ses potes, me laissant seule avec les enfants très souvent. J’étais fatiguée, je n’avais aucune reconnaissance de sa part, aucun réconfort, peu d’aide. Lorsque j’exprimais mon mécontentement c’est moi qui avais un problème, pas lui.

Il m’arrivait, les week-ends où il était présent, de dormir tout le temps. Je me levais juste pour manger. Un jour, j’ai explosé : je suis devenue hystérique, j’étais à bout de force. J’en suis même arrivée à me mutiler et à dire que j’allais en finir pour qu’il soit tranquille puisque j’avais un problème. Durant cet épisode, hors de moi, je pensais malgré tout à mes enfants mais le moi en souffrance voulait partir pour de bon.

Il a réalisé à ce moment là que j’avais vraiment besoin d’aide, j’étais à bout et m’a poussé à voir le médecin qui m’a dirigé aussitôt vers un psychiatre. J’étais en pleine dépression (encore !).
Un jour, à force de chercher pourquoi j’étais si mal, j’ai enfin compris que le problème venait de mon couple. J’ai quitté le père de mes enfants pour sauver ma peau et surtout pour que mes enfants aient une vie meilleure. C’est ce que j’espérais en tout cas. J’ai pu un temps retrouver une liberté, sans toutes ces contraintes que j’avais subies pendant longtemps : il n’y avait que mes enfants et moi-même à gérer.

Leur père n’a pas accepté le fait que je le quitte et a fait une tentative de suicide le jour où je suis venue lui confirmer que je ne reviendrais pas. Etant là, je n’avais qu’à gérer (encore une fois) la situation du mieux que je pouvais avec les pompiers, les gendarmes. J’ai vraiment eu peur pour moi car ce fût un moment extrêmement long et très tendu. Une expérience très éprouvante que je ne souhaite de vivre à personne.

Avec ce nouvel événement, il était hors de question de lui confier les enfants. J’étais angoissée, j’avais peur de lui (et des éventuels actes qu’il pourrait à nouveau avoir) et peur pour mes enfants. Pourtant, le droit de visite et d’hébergement devait se mettre en place. Nous avons trouvé un accord amiable, afin de me rassurer et essayer d’instaurer un minimum de confiance, pour que les enfants voient leur père et vis versa. Quelques mois plus tard, il a décidé de partir de la région pour éventuellement aller travailler à l’étranger tout en ayant un pied à terre à 400 kilomètres de chez moi.

Encore une épreuve à surmonter. Les enfants ne le verraient plus aussi souvent. Comment allais-je gérer tout ça ?

Expliquer à mes enfants le choix de leur père sans faire paraître un quelconque ressentiment a été particulièrement difficile. Nos histoires d’adultes ne les concernent pas. C’est leur père après tout ! Ils forgeront leur propre opinion sur ses agissements, lorsqu’ils seront suffisamment grands. Les rassurer sur le fait qu’il les aimait et que ce n’était pas notre faute, a été délicat pour moi. Mais j’ai fait ce que j’ai pu.

Dans le troisième et dernier billet, notre lectrice nous parlera de sa situation actuelle et de la façon dont elle voit les choses maintenant qu’elle a pu prendre suffisamment de recul.

 

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