Quand le sort s’acharne #3

Troisième et dernier volet de ce témoignage en toute franchise d’une lectrice qui a souhaité se livrer pour se libérer. Après avoir évoqué sa vie passé dans la première et la seconde partie, elle nous livre sa souffrance actuelle qu’elle ne sait exprimer et qu’elle évoque ici pour la première fois …

Femme-Larmes

Je pense que tout a été déclenché par ma vie « d’avant ». Je n’ai pas réussi réellement à me sortir de cet engrenage. Depuis 2 ans 1⁄2, je m’occupe de mes enfants tout le temps.
Leur père ne prend aucunement ses responsabilités envers eux (financières et autres). Ils sont parfois entre 6 et 8 mois sans le voir. Les appels sont également peu fréquents (tous les mois 1⁄2 environ). Je suis fatiguée de devoir tout assumer et de mettre mon orgueil de côté pour pouvoir subvenir à nos besoins vitaux.
Les enfants ont eu beaucoup de mal à gérer ce départ loin d’eux : ils n’en parlent pas beaucoup mais ils le font ressentir autrement. Je fais au mieux pour tenter de combler ce manque mais j’avoue que je suis à bout.

Depuis 16 mois, je vis avec mon ami. Nous sommes ensemble depuis environ 3 ans. Mes enfants ont une présence masculine, une autorité « paternelle » à la maison. Cela crée une sorte d’équilibre même s’il n’est pas leur père.

Il y a environ 6 mois, je ne savais vraiment plus quoi faire car ma fille de 10 ans  faisait des crises (limite d’hystérie) pour pas grand-chose sous le regard de son frère qui ne comprenait pas ses réactions. Elle hurlait, tapait sur la porte de sa chambre. J’ai été obligée de la mettre dans la douche toute habillée et de lui faire couler de l’eau froide sur elle pour qu’elle se calme. J’ai eu le droit à « De toute façon, tu es méchante, maman ! ».
J’ai été littéralement effondrée. Je fais tout pour eux, je suis toujours là, leurs besoins passent bien avant les miens. La culpabilité s’est accrue en moi : Qu’ai-je fait pour que tout bascule ainsi ? Suis-je réellement une bonne mère ?
Ses crises n’ont pas été nombreuses mais ont été virulentes. Heureusement qu’elles n’ont pas duré, car malgré mon appel à l’aide, leur père n’a pas porté d’importance à la situation. En résumé, il fallait que je me débrouille.

Je tiens bon, mais c’est très dur : je suis usée. Cet été, je n’avais plus envie de faire plaisir à mes enfants. Je voulais partir loin, très loin pour échapper à tout cela. Cela m’a fait mal de pouvoir penser de telles choses. De même, j’ai dû « envoyer » mes enfants chez mes parents et chez ma sœur. Financièrement, je ne pouvais pas les faire garder autrement. J’ai été soulagée de pouvoir passer du temps sans eux. Habituellement, je suis très anxieuse à l’idée de m’en séparer même s’ils sont chez des personnes de confiance. Mais là, étonnamment je n’ai pas ressenti la même chose.

Je suis exténuée. Je me renferme sur moi-même de jour en jour. Le fait de penser à organiser une sortie ou une soirée entre amis me fait peur. J’évite tout contact extérieur, autre que mes parents et ma sœur, dans ma vie privée.
Je n’ai plus la force de combattre ces obstacles qui me vident. J’ai envie de tout envoyer valser.

Je me suis mise à la course à pied pour pouvoir évacuer ce stress permanent, me retrouver avec moi-même et ne plus penser à autre chose qu’à moi. Cela n’a pas duré longtemps : 2 mois. L’été est arrivé et je me suis repliée dans cette bulle malsaine.

Mon sommeil est perturbé. Le nombre d’insomnies peut aller de une à quatre par semaine. J’en suis rendue à effectuer mon quotidien à la maison, au travail et avec les enfants comme un robot.

Le week-end, je vais jusqu’à m’épuiser à effectuer un travail physique qui me demandera beaucoup d’efforts jusqu’à ce que je souffre physiquement : il n’y a que là que je me rends compte que je suis une personne, que j’ai un corps, que j’existe. Il n’y a que la souffrance physique qui stoppe ce tourbillon infernal, il n’y a que ça qui me permet d’évacuer un peu ces sentiments négatifs enfouis en moi. Malgré tout, je ne dors pas mieux

J’aime mes enfants plus que tout, mais parfois je voudrais être loin d’eux pour ne plus entendre leurs chamailleries quotidiennes, leurs plaintes, leurs demandes. Ils sont devenus un poids, une contrainte. Je n’en peux plus. J’étouffe, je ne vois aucune issue.

Mon couple en souffre. Mon ami est adorable, patient, me soutient totalement, prend le relai auprès de mes enfants lorsqu’il voit que je ne peux plus assumer. Il s’en occupe comme si c’était les siens. Malheureusement, il ne comprend pas mon comportement qui a changé depuis plusieurs mois car je ne lui en parle pas. Mon état se dégrade, il insiste pour que je me repose mais je n’y arrive pas.
Son soutien, son aide n’empêche pas le ressenti que je peux avoir, cette impuissance face à la situation. Je suis agressive, je m’énerve très vite, je n’ai plus de patience (depuis fort longtemps d’ailleurs), je parle mal à mes enfants, je leur crie dessus, j’écarte tant que je peux tout contact physique avec lui et parfois j’ai aussi cette attitude avec mes enfants. Je me renferme complètement. J’essaie de me protéger pour éviter que l’on me fasse souffrir encore un peu plus.

Au niveau professionnel, ce n’est pas tous les jours facile. Mon travail a été une échappatoire dans mon quotidien. Petit à petit cela est devenu une routine, un poids d’affronter tous ces gens irrespectueux pour qui je travaille, sans aucune reconnaissance pour le travail établi. Il m’est difficile de faire l’impasse sur ma vie privée lorsque je suis au travail. Tout se confond : je suis mal dans ma vie privée et je suis mal dans ma vie professionnelle. C’est un sacré paquet de nœuds.

Je suis dans un tel état que je fais des erreurs, je n’ai plus la même concentration, j’ai des soucis de mémoire depuis plusieurs années. C’est effrayant. Mais pour mes enfants, je persévère pour leur assurer une vie correcte.

Je ne parle pas du tout de ce qui me passe par la tête et de ce que je peux vivre à quiconque. J’ai tellement entendu de choses comme quoi je devais m’enlever les doigts du c.. et me bouger (puisque j’avais tout pour être heureuse, pourquoi parler de mes petits soucis ? Il y a pire sur terre …) alors que j’étais à bout et que j’avais épuisé toutes les solutions, que j’ai peur du jugement des autres qui ne comprendront pas du tout ce que je vis.

Lorsque j’ai vu l’émission sur l’épuisement maternel, j’ai eu comme un électrochoc. J’ai pu mettre des mots sur mes maux. Ce n’est pas virtuel ou imaginé, c’est bien réel et je ne suis pas seule dans ce cas là.

Je pense vraiment que j’ai échoué sur ma vie de famille. J’avais espéré (fantasmé) avoir une famille unie, stable et bien dans ses baskets : résultat c’est l’opposé ! Je m’en veux d’avoir donné un père comme cela à mes enfants et d’être une mère qui ne me semble pas du tout convenable.

A ce jour, je suis perdue. Je me suis perdue pendant des années, puis retrouvée un peu, mais à nouveau perdue….

7 réflexions au sujet de « Quand le sort s’acharne #3 »

  1. Brioche

    Rooohhh ma poupée (excuse-moi pour cette familiarité), je te comprends et te soutiens. Un jour on m’a dit  » sors de cette vie que tu t’es construite  » … Depuis un moment je vis la vie que j’avais envie d’avoir, j’ai tout gérer pour l’avoir. Le seul hic est qu’il y a les autres (conjoint et enfants), pendant un an, j’ai tout fait pour qu’ils correspondent à ma vie et non à la leur. Et puis un jour on m’a dis  » sors de cette vie que tu t’es construite « . Je me suis donc laissée aller, j’ai observé, analysé… Et j’ai réalisé que finalement ne vivais rien, qu’au lieu d’inclure l’autre entant qu’autre, c’était plus moi et je veux que l’autre tourne autour de moi.
    Bref, je te t’invite à ne penser qu’à toi, prendre du temps pour toi, faire des grasses ou grâces (jamais su) matinées et laisser tes enfants se débrouiller tout seul et prends aussi l’aide que t’offre (je dis bien offre et non donne ou propose) ton conjoint.
    J’ai l’impression que comme moi, tu veux absolument vivre la vie que t’as toujours voulu avoir et comme toi, j’étais à bout, à mettre de coté l’essentiel depuis ma maison est une porcherie…
    Je ne sais pas si mes mots ton soulagés ou si tu t’es senti soutenue. Si ce n’est pas le cas, laisse un message et je te répondrai.

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  2. AnonyMaman

    Merci Brioche pour tes réactions par rapport à mon témoignage je suis touchée par tes mots.
    Je suis bien consciente qu’il est plus que temps de penser à moi et rien qu’à moi. Mais je n’y arrive pas ! J’ai beaucoup de travail à faire là-dessus. Le temps est mon allié donc je vais y aller petit à petit.
    Je commence à laisser mon conjoint faire à ma place mais j’avoue que ça me dérange que ce soit lui qui fasse certaines choses. Étant habituée depuis plusieurs années à tout gérer et à être très exigeante envers moi (et la vie que je souhaite(ais)), c’est un grand chamboulement pour moi ^^ Je suis en quelque sorte déstabilisée. Il faut que j’apprenne à me faire une raison. Rien n’est parfait et rien ne sera parfait !
    Je me fais violence à « ne rien faire » ou à en faire moins mais c’est une véritable torture actuellement : je ne tiens pas en place, je fais les 100 pas, etc… Je m’ennuie !
    Bref ! C’est rassurant de voir que mon vécu n’est pas une simple broutille (ce que je pensais jusqu’à ce que je le couche sur le papier) et qu’il fait réagir puisque, peut-être, des personnes peuvent s’y retrouver.
    Je remercie également Mam Lucile de m’avoir permis de m’exprimer, et les autres personnes qui ont pris le temps de lire mon (long) témoignage, de l’avoir partagé sur leur page, d’avoir commenté, de me soutenir et de me réconforter. Cela me touche beaucoup et me redonne le sourire car je ne suis pas jugée.
    Je suis vraiment ravie d’avoir fait cette démarche et j’encourage vraiment les mamans (ou papa) à faire ce premier pas, même anonymement, ça peut lancer la machine pour une réelle prise de conscience qu’il faut se faire aider (même si c’est dur de franchir le pas), peu importe la manière.
    Un grand Merci !

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  3. amélie

    Je suis pareil… j’avais vu ma vie autrement plutôt que séparée avec 2 enfants…et j’imaginais mes enfants autrement aussi (du genre parfait, gentil^^). Le plus dur, vous l’avez compris aussi, c’est d’accepter « cette vie » et ensuite de l’enrichir d’un peu plus de choses pour vous et votre propre bien être…vous n’êtes pas la seule malheureusement oui, je connais aussi…bon courage et prenez soin de vous

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    1. AnonyMaman

      Merci Amelie. Effectivement le plus dur est d’accepter (pas toujours simple 🙁 ).
      Je suis bien d’accord sur le fait que malheureusement beaucoup d’autres personnes ont une « vie similaire » à la nôtre…..
      Bon courage à vous aussi. 🙂

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  4. laetitiaR

    j’ai l’impression de reconnaitre mon comportement. et pourtant, mon mari et père des enfants est présent.
    mais cette envie de ne plus voir la « cause » de notre mal-être, je connais.
    et aussi le fait qu’on me dise qu’il y a pire que moi. ça n’arrangera pas ma vie. mais ton témoignage me fera relativiser ma situation.
    je te souhaite beaucoup de courage. et surtout que tu connaisse le bonheur qui t’a échappé jusqu’alors

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    1. mamlucile

      Il y aura toujours pire ailleurs … On m’a sorti un jour « c’est bon, il y a des mères qui doivent faire face à la guerre, des femmes qui ne peuvent être mères » et alors ? OK, ce qu’elles vivent est d’un autre ordre de difficulté mais devons nous dire que pour autant que tout est parfait dans le meilleur des mondes alors que ce n’est pas le cas ?

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