Se taire ou persévérer

Brie vandecamp

Depuis des dizaine d’années, l’image d’Épinal de la parentalité est légion. Cette mère parfaite, à la maison impeccable, qui cuisine de merveilleux petits plats pour sa petite famille, toujours pimpante, apprêtée et en pleine forme, souriante, qui plus est, est une working girl, ne s’énerve jamais après ses enfants, trouve le temps de faire du sport, …. Je vais m’arrêter là, vous imaginez bien de quoi je parle !

Puis, nous, mères normales à souhaits arrivons avec nos gros sabots en disant que nous sommes fatiguées, n’en pouvons plus, allons « péter un boulon », ne supportons plus nos enfants, … Bref, nous avons un problème avec la parentalité, les choses ne sont pas si facile que ce que nous avons toujours entendu dire et TOUT gérer n’est pas possible.

Comment ça ?

Et voilà les réflexions qui pleuvent.

Tu as voulu des enfants, maintenant, t’assumes.
Arrêtes d’exagérer, ce n’est pas si terrible.
Il ne fallait pas faire de mômes. Tu n’as qu’un enfant …
Ils sont grands maintenant …
C’est bon, tu es un peu fatiguée, ça va passer.
Mets toi un bon coup de pied aux fesses, ça ira mieux.

Il y en a encore bien d’autres.

Oui, le jugement est facile. Il est plus évident de se voiler la face que de proposer son aide aux personnes en détresse. Toutes ces réflexions sont difficiles à encaisser.

Maintenant, imaginez …

Vous êtes jeune, sans enfant ou bien, vous avez des enfants faciles à vivre, vous n’avez rencontré aucunes difficultés à la parentalité, votre situation familiale est idéale, votre organisation est bien huilée et vous n’avez aucun héritage familial difficile.

Imaginez ou revenez quelques années en arrière, avant que vous ne deveniez parent.

Auriez vous cru qu’il est possible de ne plus pouvoir dormir la nuit au point d’avoir la sensation de devenir fou ?
Auriez vous pensé que la fatigue puisse être si grande que vous avez la sensation de mourir à petits feux ?
Auriez vous imaginé qu’il est possible de ne plus avoir de forces physiques au point de ne plus savoir s’occuper du quotidien ? Auriez vous pu concevoir qu’un bébé pleure non stop jusqu’à vous donner l’impression de l’entendre même lorsqu’il n’est pas près de vous ?
Auriez-vous seulement imaginé que ce que vous avez vécu ou vivez était possible ?

Personnellement, ma réponse à toutes ces questions est non.

Je reste sincèrement convaincue qu’une personne qui n’a jamais été sensibilisée, informée, confrontée elle même ou de près par le burn out parental n’est pas en mesure d’imaginer l’ampleur et la puissance de ce qu’un parent épuisé peut vivre au quotidien.

Nous avons pu observer ce phénomène dans notre famille. Les seules personnes qui ont réellement pris la mesure de notre détresse sont celles qui ont eu l’occasion de passer plusieurs jours chez nous pour se rendre compte de notre quotidien difficile et de nos nuits quasi inexistantes. Celles qui nous voyaient à la journée, même parfois plusieurs fois par semaine, n’ont pas réalisé ce que nous vivions réellement alors que notre discours était exactement le même. Même aujourd’hui, malgré ma démarche de sensibilisation sur le sujet et mes multiples témoignages, je ne suis pas certaine qu’elles en aient pris conscience …

Nous avons deux possibilités. La première est de nous taire parce que nous ne nous sentons pas assez fortes pour faire face aux jugements hâtifs, aux remarques désobligeantes, aux propos blessants. Ou nous pouvons expliquer encore et toujours, témoigner afin d’expliquer ce qu’est réellement l’épuisement parental, que ce n’est pas un processus si simple à comprendre et que n’importe qui peut vivre cette situation.

Certes, il y aura toujours des imbéciles, bornés qui ne feront pas l’effort d’écouter ou de comprendre. Ceux là, ne les écoutons pas, ignorons les.  

Chacune décide de réagir à sa manière selon ses possibilités et ses envies. Si vous avez envie de faire comprendre ce qu’est l’épuisement maternel, vous pouvez proposer la lecture du livre « mère épuisée » de Stéphanie Allenou ou mon propre témoignage. Ce livre a été l’outil qui m’a permis de faire comprendre à mon entourage ce que je vivais au quotidien. Même ceux qui pensaient avoir pris la mesure de ce que je vivais sont tombés des nues face à la réalité …

Alors, devons nous taire ou devons nous persévérer ?

7 réflexions au sujet de « Se taire ou persévérer »

  1. Oum Abdelhadi

    Bonjour,
    J’ai découvert votre blog il y a peu et je vous tire mon chapeau pour le travail accompli, si utile pour celles qui ont goûté à la maternité.
    Eh oui nous femmes devrions être des êtres à part si nous suivions les critères véhiculés par la société, parfaites en tout, jamais faiblir ; bref ne pas être des êtres humains à part entière.
    Personnellement je pense qu’il faut laisser les chiens aboyer pendant que la caravane passe. Ou alors savoir à qui on s’adresse ; si on voit que la personne est capable d’avoir un minimum d’ouverture d’esprit, et que soit-même on est en capacité psychique de faire face, pourquoi pas essayer d’expliquer. Mais pour les autres mieux vaut ignorer et les laisser dans leur auto-suffisance.
    Bonne journée

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  2. maud

    J’ai les larmes aux yeux devant ce que vous écrivez .
    Comme j’aurais voulu croiser une personne comme vous , croiser un blog de cette sorte il ya 5 ans quand ma puce pleurait sans arrêt la nuit , quand on ne trouvait aucune solution , aucune aide, aucun soutien .
    Je me serais sentie tellement moins seule
    Je me suis heurtée à l’incompréhension et à l’indifférence des personnes qui m’entouraient .

    Je n’ai rencontré à cette époque que l’écoute d’une psychologue qui m’a sauvée . Déculpabilisée, aidée, remontée du trou sans fond où je me trouvais .

    Merci pour le temps que vous consacrez à ce blog . je sais qu’on oublie jamais cette période si diffIcile .

    MERCI

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    1. mamlucile

      Merci à vous pour ces mots. Ils me touchent beaucoup et c’est pour cette raison que je m’investis autant. Savoir que le blog aide ne serait-ce qu’une personne me donne l’énergie de poursuivre ma démarche !

      Non, nous n’oublions pas. Nous sommes marquées au fer rouge … Mais pour autant, nous ne restons pas épuisées à vie comme peuvent le penser certains …

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  3. Marie

    Bonjour,

    Je viens de découvrir votre blog et je commence à comprendre ce qui m’arrive!
    J’ai 29 ans, mon bout de chou a 3 ans, je l’ai eu quand j’écrivais ma thèse et enseignait le droit, j’ai été plusieurs mois en arrêt maladie suite à un « Stress généralisé » mainteant que je ne travaille plus, que je suis sous médication, cette fatigue continue, cette impression de « péter les plombs » pour rien, cette impression que la vie s’en va à petit pas sans que l’on puisse la retenir, je comprends doú elle vient!
    J’adore mon petit garçon mais il m’est parfois arrivé de regretter d’être sa maman et même de le lui avoir dit ! Ceux qui ne savent pas ce qu’est le burn out maternel ne comprendrons pas , moi même jusqu’à il y a 5 minutes je ne comprenais pas mais la , grâce à votre blog je viens de comprendre, je sais qu’elle piste explorer avec ma thérapeute maintenant, merci pour vos efforts et pour avoir partagé votre expérience!

    Merci ,
    Marie

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